Substance Mort de Philip K. Dick, un ovni littéraire qui retourne autant le cerveau que la Substance M.

Publié le Mis à jour le

Un petit roman pour cette semaine, et pas des moindres, Substance Mort de l’écrivain américain Philip K. Dick.


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Paru en 1977, sous le nom original de A Scanner Darkly (référence à un passage de la première épître aux Corinthiens de Saint Paul « for now we see through a glass, darkly… »), Substance Mort – il a reçu le prix British Science-Fiction en 1978 – nous présente Bob Arctor qui est Fred, et Fred qui est Bob Arctor. C’est un policier membre de la brigade des stupéfiants, infiltré dans un milieu de toxicomanes, et menant deux vies en parallèles. Il vit avec deux autres hommes totalement déphasés de la réalité, Luckman et Barris. Donna, son amie, est dealeuse et consommatrice. Ils sont tous, exceptée Donna, accro à la Substance M, une drogue qui altère peu à peu leur identité, jusqu’à leur griller totalement le cerveau.
Pour Fred, ce sera le début de la fin quand ses supérieurs, ignorant sa véritable identité en raison des techniques d’enquêtes utilisées, lui demanderont de surveiller Bob Arctor. Comment enquêter sur sois même sans finir par devenir totalement schizophrène.


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Philip K. Dick est l’un des grands noms de la science-fiction. Bien qu’il ait passé la majorité de sa carrière dans une quasi-pauvreté, et qu’il souffrait d’une santé mentale fragile, on lui doit de nombreuses œuvres connues dans le monde entier comme « Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » (qui est la base de Blade Runner) mais aussi Ubik (considéré comme le chef-d’œuvre de Dick), Total Recall ou encore Planète Hurlante.

Suite au départ de sa femme – qui emporte sa fille avec elle – Dick rentre dans une période de déprime extrême où il se plonge dans la drogue, ouvrant sa maison à tous les drogués, hippies ou junkies de passage. Il ne passe pas une journée sans être drogué ce qui lui provoque de longues périodes de délire. C’est suite à cela, après avoir vu ce que pouvait être les conséquences des drogues, qu’il écrit Substance Mort. Il dédie ce roman à ses anciens amis toxicomanes qui n’ont pas survécus à leurs addictions ou qui en gardèrent des séquelles à vie. C’est un livre personnel, dur, ça se ressent, et on s’en rend encore plus compte après avoir lu un peu l’histoire de Dick. Il y met en scène une Amérique à sécurité maximale où tout est contrôlé par les autorités, qui parait sombre , où la vie n’a vraiment pas l’air rose, et la drogue y règne ce qui permet de dépeindre un milieux de vie particulièrement dur, peuplé de désespérés.

Substance Mort est une décente dans la folie. Une folie presque joyeuse, mais une folie quand même. La chute est douce. Au début, on nous présente se monde tourmenté, rempli de drogués qui ne pensent qu’à prendre de la Substance Mort et qui perdent toujours un peu plus le sens de la réalité après chaque prises. Fred/Arctor enquête au début afin de débusquer un gros dealer de SM, mais l’infiltration pousse à des sacrifices, et il va peut-être trop loin car sa consommation de SM augmente, le menant peu à peu vers la folie. Alors qu’il vit avec ses camarades Luckman, Freck et Barris, il en vient à douter d’eux, et même penser que Barris tente de le tuer.
Au milieu de cette folie, Fred/Arctor tombe amoureux de son ami Donna. Junkie, branchée héroïne et non SM, et dealeuse à ses heures. Elle devient une obsession pour Fred/Arctor, mais à creuser il va finir par découvrir les secrets bien cachés de la jeune femme.


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Le récit, bien que sombre, contient tout de même de l’humour, noir, mais de l’humour quand même. Elle part souvent dans une branche folle – le thème oblige :p – surtout avec leurs séquences fictions. Ce sont des flashs où ils s’imaginent des situations, des histoires abracadabrantesques, ou ce qu’ils auraient pu dire avant de revenir à la réalité. Des passages assez marrant, mais qui nous perdent un peu de temps en temps.

On retrouve une critique de la société Américain qu’il dépeint avec noirceur. Elle évolue dans un principe d’absurdité à un point qu’elle envoie des agents infiltrés sans connaitre leurs identités, ce qui mène Fred à enquêter sur Arctor, ou Arctor à enquêter sur Fred… enfin à enquêter l’un sur l’autre, ou sur lui-même 😉 Le système se mort clairement la queue, il tourne en rond et ne se rend pas compte de sa stupidité.
Le fait qu’Arctor/Fred évolut en étant sous stupéfiant, et que les forces de l’ordre fonctionnent d’une manière absurde, il y a un sentiment de schizophrénie tellement fort qu’il en vient à toucher le lecteur. On commence à se demander qui est net dans cette histoire, ce qui peut bien être réel dans tout ce que l’on lit. L’ensemble est orchestré avec brio. On a le sentiment de se perdre, de s’emmêler les pinceaux, mais les choses évoluant, on se rend compte que ce n’est que le déroulement normal de toute cette histoire et la puissance supérieur qui nous dirige n’est autre que Dick.
On retrouve clairement les thématiques récurrentes de Dick avec « Qu’est-ce que le réel ? » et « Qu’est-ce qu’être humain ? ». Ce sont des questions que Fred/Arctor et le lecteur se posent tout au long du roman. Peut-être pas directement, mais on se rend compte que ce genre de question est la toile de fond de l’œuvre.

Fred/Arctor enquêtant sur Arctor/Fred, les séquences fictions, tirer le vrai du faux, la paranoïa qu’instaure Dick est contagieuse et nous trouble tout au long du récit. Bien que cela puisse rendre la lecture un peu difficile et hasardeuse par moment, on ne peut s’empêcher de continuer, se demandant où tout cela peut nous mener, s’il va y avoir une vraie fin ou si ce n’est qu’un délire total. Il se permet même un retournement aux trois quarts du livre, qui nous perd peut-être sur l’instant, mais nous éclairci au final encore plus. Substance Mort garde son intérêt jusqu’à la dernière page.


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Substance Mort est une œuvre troublante, peut-être écrite par un esprit un peu dérangé, et se trouve être un peu dérangeant ce qui n’aide pas la lecture. Néanmoins, cette œuvre est maitrisée. On sent que Dick ne l’a pas faite à la va vite, et qu’il savait où il allait. La qualité est là, on ne se perd jamais et à la fin on se dit « Qu’elle tripe ! ».
Cette Substance Mort vaut un très beau 16/20 autant par son originalité que par sa qualité. A découvrir pour tous les fans de science-fiction et de romans perchés 😉
En ce qui me concerne je ne tarderais pas pour me procurer d’autres œuvres de ce monsieur que je pense appeler bientôt maître 😀

Enjoy !
A bientôt,

Desmond A.Green

Dick a écrit à propos de ses romans : « Dans mon écriture je m’interroge sur l’univers, je me demande à voix haute s’il est réel, et je me demande si nous le sommes tous ».
A méditer 😉


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PS. A Scanner Darkly est adapté au cinéma en 2006 par Richard Linklater avec Keanu Reeves, Robert Downey Jr, Winona Ryder, Woody Harrelson et Rory Cochrane. Un film que je n’ai encore pas vu et il faut absolument que je répare cette erreur 🙂

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