Damnés de Chuck Palaniuck, on se demande si le titre ne s’adresse pas aux lecteurs :p

Publié le Mis à jour le

Nouveau roman cette semaine avec une deuxième plongée dans l’univers de Chuck Palahniuk, le papa de Fight Club, pour découvrir cette fois-ci le roman Damnés.


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Tout commence avec l’arrivée de Madison en Enfer. Madison a treize ans. Fille moche mais intelligente d’une star de cinéma et d’un producteur milliardaire, elle prend assez bien le fait qu’elle soit morte et envoyée en Enfer car cela va enfin mettre du piment dans sa vie. Généralement délaissée et ignorée de tous, même par sa famille, en Enfer elle va se faire des amis et même se révéler, tout ceci en se rappelant sa vie passée de mortel. Et, peut-être, parviendra-t-elle à se souvenir ce qui l’a amenée ici.

Sorti en 2011 et écrit par Chuck Palahniuk – à qui l’on doit bien entendu Fight Club, mais aussi Choke, Le Festival de la couille et autres histoires vraies, Monstres Invisibles, ou encore Peste – ce livre est en réalité le début d’une trilogie. Palahniuk sort d’ailleurs le deuxième volume nommé Doomed en 2013.

Au niveau du style littéraire on ne se retrouve pas choqué car cela reste similaire à Fight Club. Palahniuk reste dans le style minimaliste – qu’il tient de ses enseignements avec l’auteur Tom Spanbauer (à Portland de 1991 à 1996) – que l’on retrouve notamment chez Amy Hempel, Marc Richard, Denis Johnson, Thom Jones, Bret Easton Ellis. Comme son nom l’indique, style dit minimaliste, les écrits de Palahniuk utilisent un vocabulaire limité et des phrases courtes pour simuler la manière dont un individu moyen raconterait une histoire. C’est un style que l’on retrouve clairement dans ses écrits, que ce soit dans Fight Club ou Damnés, ce qui les rends très faciles à lire.
Toutefois, dans le cas de Damnés cela ne marche pas aussi bien. Je m’explique 😉
L’héroïne n’a que treize ans et parle comme tel – enfin plus ou moins – ce qui fait que son discours est très redondant, voir agaçant. Palahniuk reprend les mêmes tournures plusieurs fois, les mêmes mots ou encore expressions. Il y a une réelle répétition qui peut amuser au début, mais au bout de cents pages ça fatigue. Je trouve que dans Damnés son style « facile et direct » se retourne un peu contre lui et donne un aspect un peu brouillon.


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De plus, sachant que la façon d’écrire est assez lourde à digérer, l’histoire et la façon de la raconter l’est toute autant. Ce n’est pas une narration linéaire. Chaque chapitre a plus ou moins la même structure. On commence avec quelques lignes en italique – un peu comme une introduction à ce qui va suivre – où Madisson s’adresse directement au Diable . Puis, il y a toujours un croisement entre ce qu’elle fait en Enfer et des moments de sa vie sur terre. Ce n’est pas tout le temps en rapport, on s’y perd et surtout cela n’intéresse pas vraiment. Alors que dans Fight Club la « critique » de la société de consommation et du reste était, on va dire, subtile et bien mixée à l’histoire, ici c’est direct sans emballage. Maddy se lance dans des dissertations sur le monde, sa vie, ses parents, sur l’Enfer ou encore le Ciel, et en général, c’est très lourd et ennuyeux. L’ensemble est assez indigeste et surtout, en voulant continuer dans son style minimaliste, Palahniuk nous offre un discours d’une fille de treize ans, c’est-à-dire assez banale et peu profond.

Il y a un réel manque d’action, ça tourne souvent en rond, revenant bien trop souvent sur la vie futile de ses parents, leurs efforts pour paraître alors qu’ils sont vide…etc… C’est triste à dire mais j’avais vraiment envie de tourner les pages en lisant en diagonale pour savoir si je manquais quelque chose de vraiment crucial. Palahniuk aurait pu se rattraper avec sa description de l’Enfer et ce qu’il s’y passe mais encore une fois ça fait sourire, pas plus. Bien que Madison se face des amis en Enfer dès qu’elle arrive – la bimbo, le rebelle et l’intello… pas du tout cliché – cela n’aide pas l’histoire car ils ne servent pas à grand-chose, et après avoir entendu vingt fois Madisson parler des lacs de bile, des montagnes de rognures d’ongles, et l’intello raconter le passif de tous les démons qu’ils croisent pendant leur escapade en Enfer, on a presque envie de tout arrêter et de regarder un résumer sur internet tant ça manque d’intérêt. Il faut malheureusement ajouter à cela le fait que, sachant que le livre fait dans les 300 pages quasiment, on ne comprend jamais vraiment où veut en venir Palahniuk avec tout ce qu’il s’y passe. Madisson devient plus violente sur la fin – environ vers les 230 pages… – ce qui fait que l’ensemble devient un peu plus intéressant et marrant, voir un peu plus gore que ce qu’il offrait au début, mais tout est beaucoup trop confus pour que cela rajoute un quelconque intérêt.

Il y a aussi bien trop de citations d’auteurs et œuvres un peu trop underground que l’on ne connait pas comme Michael Graves, I.M. Pei, Noel Coward, Isadora Duncan et la liste est longue ce qui nous perd encore plus dans un récit déjà peu intéressant et confus. A cela il faut ajouter le fait que l’un des amis de Madisson – qu’elle se fait en Enfer lorsqu’elle arrive – est incollable sur les divinités démoniaques, alors il parle de ça tout le temps. Cela dégage l’impression d’un travail pharaonique de la part de Palahniuk – si tout est vrai bien entendu :p – mais ce n’est pas intéressant du tout et n’apporte rien d’important au récit. Donner du fond à un univers je suis d’accord, mais si ce qui se passe autour n’a pas franchement d’intérêt, ça ne sert pas à grand chose de nous noyer sous tout un tas d’infos. Une ou deux références je veux bien, mais là il en fait beaucoup trop !


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On comprend que Damnés est en quelque sorte une réflexion sur ce que pourrait être l’enfer, ce qui pourrait nous attendre et nous y mener. Il y a beaucoup de questionnements sur la vie, l’humanité, Dieu et l’Enfer mais aussi si le fait d’être damné est vraiment une malédiction tant ce qui nous entour se prend au sérieux mais n’est au final qu’insignifiant et ennuyeux. Les réflexions sont intéressantes mais en définitif, on se retrouve à terminer le livre en se disant presque « j’ai perdu mon temps ». C’est peut-être dur mais c’est le cas. Après Fight Club qui touchait les sommets, on tombe vraiment de très haut avec ce Damnés, et un 6/20 est déjà généreux.
On sent Palahniuk complètement perdu dans son roman, et on s’y perd avec lui. Une erreur de parcours ? Peut-être, je ne saurais le dire, je n’ai pas assez lu d’oeuvre de Palahniuk, mais en tout cas, lorsque j’ai vu le « A suivre » à la fin de Damnés, je me suis tout de suite dis « ce sera sans moi » :p
Un livre peut-être pas à éviter, mais vraiment si vous vénérez Palahniuk !

A bientôt,
D.A.G.

PS. A noter que ce roman a été écrit par Palahniuk afin de pouvoir gérer la mort de sa mère d’un cancer du poumon. Une information bien triste je vous l’accorde, mais qui donne un peu plus de sens à certains points qu’il aborde durant son oeuvre.

7 réflexions au sujet de « Damnés de Chuck Palaniuck, on se demande si le titre ne s’adresse pas aux lecteurs :p »

    lisez moi ça a dit:
    22 juillet 2018 à 21 h 25 min

    Suis d’accord … assez difficile à lire mais le sujet est troublant

    Aimé par 1 personne

      desmondag a répondu:
      18 octobre 2018 à 16 h 25 min

      C’est vrai que le sujet est particulièrement intéressant. La mort, l’enfer, c’est bien traité mais à la fois écrit d’une manière un peu poussive, dommage. Personnellement ça m’a calmé concernant Palaniuck. J’avais pourtant adoré Fight Club, mais je ne m’admet pas vaincu pour autant et je lirais sûrement d’autres de ses oeuvres.
      Merci pour le com 😉
      N’hésite pas à revenir partager ton avis !
      Desmond
      (désolé pour le retard de réponse, la naissance de ma fille a un peu chamboulé mes disponibilités lol)

      Aimé par 1 personne

    toutloperaoupresque655890715 a dit:
    23 juillet 2018 à 10 h 23 min

    Si on parle de Noël Coward ou Isadora Duncan, on doit être proche de l’univers de François Rivière (grand spécialiste, entre autres, de la littérature anglaise et notamment d’Agatha Christie, et également essayiste et scénariste B.D., n’est-il pas?

    Aimé par 1 personne

      desmondag a répondu:
      18 octobre 2018 à 16 h 28 min

      Malheureusement je ne connais pas les auteurs que tu sites, donc je ne peux pas vraiment répondre à ton commentaire… Mais merci quand même d’être venu parcourir l’article 😉
      Reviens quand tu veux ! Au plaisir,
      Desmond

      J'aime

    toutloperaoupresque655890715 a dit:
    18 octobre 2018 à 18 h 24 min

    Noel Coward : dramaturge anglais qui a été adapté au cinéma par E.LUBITSCH. Il était aussi compositeur et certaines de ses musiques ont servi à un jeu vidéo!
    Isadora DUCAN : danseuse américaine qui a révolutionné l’art de la danse. Sa vie a été adapté en film, où son rôle était joué par Lily-Rose Depp.
    Et surtout, par rapport à ton univers, François Rivière, auteur de BD et de polars (avec Floch) et d’essais sur Agatha Christie, Edgar.P Jacobs (le créateur de Blake et Mortimer) ou Jules Verne. 😉

    Aimé par 1 personne

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